Publié dans Ecosse

Kiltissime vous répond : l’Ecosse et ses accents (1)

L’autre jour, j’ai eu la curiosité d’aller voir pour la première fois ce que les gens cherchaient sur les moteurs de recherche pour tomber sur Kiltissime. Chers lecteurs, vous vous posez énormément de questions sur l’Ecosse. Pour être sûre et certaine que vous trouverez bien les réponses que vous cherchez, je vais faire une série d’articles sur les questions les plus fréquentes, avec des liens vers les articles qui en parlent, bande de flemmards.

Aujourd’hui, on se penche sur les accents de l’Ecosse. Si j’en crois les stats du blog, ça vous taraude.

J’ai bien dit LES accents : il y en a plein, et ils sont très différents. Que vous alliez à Glasgow, à Aberdeen ou à Edimbourg, ce sera une différente musique qui arrivera à vos oreilles quand les gens vous parleront. Un paradis pour les linguistes ! J’en ai déjà parlé dans cet article il y a quelques années.

Toi, l’étudiant de LLCE qui doit préparer ton TP de phonologie : tu es démasqué. Mais je vais t’aider.

Première particularité: on entend beaucoup plus les [r] que dans l’anglais « received pronunciation » (l’anglais classique, si vous voulez). Parfois ils sont carrément roulés, mais apparemment ça tend à disparaître. Ça peut aider pour la prononciation. Aussi, les diphtongues (les voyelles qui font deux sons) se transforment souvent en voyelle simple : le mot home se prononcera hoooooome avec un o bien formé. Il y a des tas de petites différences phonétiques mais aussi lexicales. Vous apprendrez par exemple qu’en Ecosse « wee » ne veut pas simplement dire faire pipi, mais aussi petit. En bref, l’accent écossais est influencé par le gaélique écossais (surtout dans les Highlands) et par le scots, la langue dans laquelle sont écrits les livres d’Irvine Welsh (Trainspotting par exemple).

Alors ça les amis, c’est à l’habitude : il faut juste souvent l’écouter. Si vous voulez vous entraîner, avec les sous-titres en anglais, vous ne vous lasserez jamais de ce sketch de la série comique Burnistoun. Tous les épisodes sont sur Youtube, donc vraiment, allez voir. En humour écossais, vous aimerez aussi Still Game (aussi sur Youtube).

Bon, si vous voulez mon avis, je suis assez mal à l’aise avec le fait d’imiter l’accent des gens. Vous voulez avoir l’accent écossais ? Alors séjour en immersion totale !

Euh… Chaud au cœur ? Des caresses dans les oreilles ? Cher lecteur, tu poses des questions tordues.

C’est tout pour aujourd’hui ! La prochaine fois, on parlera météo. Teaser :

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Publié dans Ecosse, Royaume-Uni

Il y a 20 ans, la dévolution changeait le visage du Royaume-Uni

Il y a 20 ans, les Ecossais se rendaient aux urnes et disaient oui à la création de leur propre parlement décentralisé. Ce référendum, dans lequel presque 75% des électeurs ont répondu « oui, je pense qu’il devrait y avoir un Parlement écossais », semble avoir eu lieu il y a des siècles, tant le Royaume-Uni a changé depuis.

La création d’un Parlement régional, ayant le pouvoir de légiférer pour le système éducatif, de santé, judiciaire, l’agriculture et l’environnement entre autres, était une grande promesse de Tony Blair, élu triomphalement quatre mois plus tôt. « On peut faire les choses autrement et de manière plus moderne. Il y a une troisième voie, et cette voie, c’est la dévolution », déclarait-il à l’époque. Dans une interview à la BBC, l’ancien Premier ministre travailliste déclare aujourd’hui que la dévolution a contribué à sauvegarder le Royaume-Uni. Beaucoup ont vu dans ce projet un complot unioniste pour tuer l’indépendantisme écossais dans l’œuf. Après tout, pourquoi vouloir faire sécession quand on a un Parlement local puissant qui gère les affaires de tous les jours ?

Eh bien justement, parce qu’il ne gère que les affaires de tous les jours. C’est toujours le Parlement britannique à Londres qui tient les cordons de la bourse, et qui décide de la politique étrangère, de l’immigration, de la défense, de la protection sociale, même si des députés écossais siègent à Westminster. C’est pour cela que plus que jamais, Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise, est vent debout contre Londres et le gouvernement conservateur de Theresa May, qui s’est engagé dans des négociations pour le moins difficiles pour le Brexit. D’ailleurs, ironie du sort : en ce jour d’anniversaire de la dévolution, les députés à Westminster doivent voter pour ou contre un projet de loi qui abroge le European Communites Act et qui transpose le droit européen en droit britannique, une étape majeure pour mettre en oeuvre le Brexit. Problème : cela donne le droit au gouvernement de modifier à sa guise ces lois européennes, dont certaines concernent des domaines dévolus à Edimbourg, sans même consulter le Parlement. Pour les nationalistes écossais, c’est inacceptable. Le Labour tient le même discours : le Premier ministre gallois Carwyn Jones, le ministre fantôme du Brexit Keir Starmer et la ministre fantôme pour l’Ecosse Lesley Laird ont publié une tribune dans ce sens.

A cette heure, on ne peut pas dire que l’indépendantisme a le vent en poupe. Par contre le SNP, même s’il a reculé aux dernières élections législatives en juin 2017, reste la première force politique en Ecosse. Et ça, c’est fou, quand on sait à quel point il était marginal à la fin des années 1990. L’Ecosse était acquise au Labour, et le système de vote pour les législatives écossaises, le single transferable vote, était fait pour qu’aucun parti ne puisse obtenir une majorité absolue à Holyrood. Et pourtant, en 2007, le SNP prenait les rênes du pouvoir en Ecosse, puis en 2011, il a réussi l’inimaginable : obtenir une majorité absolue. Il est toujours au pouvoir à Édimbourg aujourd’hui, et c’est ce parti qui envoie toujours le plus de députés pour représenter l’Ecosse à Westminster (presque trois fois plus que le second parti, les conservateurs).

Si la dévolution n’a pas précipité l’indépendance de l’Écosse, est-ce qu’elle a pour autant annulé à jamais tous les questionnements quant au fonctionnement constitutionnel du Royaume-Uni ? Absolument pas. Voir le SNP être crédible au pouvoir, bien que le bilan soit très mitigé (on en parlera un peu plus bas), et le débat pour le référendum d’auto-détermination en 2014, ont rendu cette perspective pas si farfelue auprès de la majorité des gens. La question, il me semble, n’est plus de savoir si l’Ecosse sera indépendante, mais quand elle le sera. Pour les unionistes par contre, la question est de savoir si le Royaume-Uni dans la forme actuelle est viable. L’ancien Premier ministre écossais travailliste Henry McLeish, au pouvoir en 2000 et 2001, a un point de vue très original sur la question. L’année dernière, il a appelé à un nouveau référendum sur le futur de l’Écosse : pas sur l’indépendance mais sur un système fédéral, où le Parlement écossais aurait des pouvoirs étendus. Pour lui, c’est la seule manière de ne pas voir imploser le Royaume-Uni, et de ne pas assister à la disparition du Labour de l’échiquier politique écossais. Alors que les questions constitutionnelles sont majeures dans le débat en Ecosse, il accuse son parti de faire l’autruche et de ne proposer aucune alternative. L’idée de réfléchir sérieusement à une nouvelle organisation fait son chemin dans le parti : Alex Rowley, le leader par intérim du Scottish Labour après la démission surprise de Kezia Dugdale début septembre, estime que le Labour doit aller plus loin dans la défense du « home rule ».

La Reine et la Présidente de l’assemblée à la session d’ouverture du Parlement écossais

Cependant, cette ligne est encore très minoritaire chez les unionistes, travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates confondus. Des nouveaux pouvoirs pour quoi faire ? Mieux vaut utiliser au maximum ceux que l’Écosse possède déjà. Pour les partis unionistes, le SNP, obnubilé par la question de l’indépendance, a délaissé le travail quotidien, ce qui explique un bilan contrasté en matière de santé et d’éducation. On est mieux pris en charge par la NHS en Ecosse qu’en Angleterre, mais les standards ont chuté. Les élèves écossais ont, de l’aveu même du gouvernement nationaliste à Édimbourg, encore trop de mal avec la lecture et les mathématiques.

À quoi bon plus de pouvoirs, alors, si les résultats sont déjà si peu probants ? Plusieurs réponses ont été apportées à cette question. Premièrement, c’est justement parce que le Parlement écossais a trop peu de pouvoir qu’il n’a pas les marges nécessaires pour faire des réformes ambitieuses. Dans un second temps, c’est parce qu’il est trop petit qu’il n’a pas le temps de faire autre chose que de limiter la casse provoquée par les politiques d’austérité made in London. C’est l’argument du SNP, et vous voyez bien venir la conclusion : c’est pour cela que l’Ecosse doit être indépendante.

20 ans après la dévolution, le débat sur la manière dont doivent s’articuler les relations entre Londres et Édimbourg est toujours bien vivant… Peut-être malgré les Écossais, qui expriment une certaine lassitude, après trois années de feuilleton politique avec deux référendums, deux élections générales et une élection à Holyrood, envers ces questions.

Publié dans Ecosse

#EdFringe 2017 : une année sud-africaine

Tant de spectacles à voir, et un Fringe si court ! Après 10 jours de folie festivalière à Edimbourg (j’en ai parlé rapidement sur place ici), je suis de retour à Paris, avec des souvenirs plein la tête. Contrairement à mes précédents Fringe, je n’ai rien vu qui m’a foncièrement déplu. Quelques productions, bien qu’elles ont été un bon divertissement, n’ont pas provoqué chez moi un grand enthousiasme. Mais l’immense majorité des shows que j’ai sélectionnés étaient de très bonne qualité. Il y en a quelques-uns qui ont largement dépassé le niveau des autres, et il se trouve que cette année, ils viennent tous du même théâtre: Baxter Theatre de la ville du Cap en Afrique du Sud. En 2014 déjà, les productions sud-africaines étaient remarquables : Race de David Mamet nous avait fait débattre pendant des heures.

Assembly Hall, où on peut voir The Fall

Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de voir les six pièces proposées par Baxter Theatre cette année, mais j’en ai vu deux tout bonnement remarquables : Mies Julie et The Fall.

Mies Julie est une véritable gifle dans la figure. Ce n’est pas la première fois que cette pièce d’1h30 est présentée à Edimbourg. En 2012 déjà, elle avait fait carton plein et les critiques ne tarissaient pas d’éloges.

De quoi ça parle ? Tout se passe en une soirée et une matinée. Dans l’Afrique du Sud post-apartheid, Julie, fille de fermier afrikaans, en veut au corps de John, le domestique xhosa. Après une nuit de passion, le lendemain matin, il faut se rendre à l’évidence : ça va très mal se terminer pour eux. C’est une pièce qui montre la brutalité du racisme et les plaies encore béantes de l’Afrique du Sud, le tout dans une atmosphère moite, poussiéreuse et mystérieuse. C’est une nouvelle réadaptation d’une pièce d’August Strindberg de la fin du XIXe siècle. Un tour de force.

Avec The Fall, on revient dans la ville, avec des gens à peu près de mon âge, à l’université du Cap. C’est une pièce écrite après que la statue du ségrégationniste Cecil John Rhodes a été enlevée du campus, suite à la mobilisation des étudiants noirs de l’université. Mais la pièce ne s’arrête pas là : ça parle de genre, de classe, de sexualités, de colonialisme. Un chef d’oeuvre qui résonne tellement avec tout un tas de choses qui me turlupinent, et j’en suis sûre, vous turlupinent aussi !

Les acteurs de The Fall

La particularité de Baxter Theatre est qu’il n’est pas financé par des fonds gouvernementaux: la plupart des ses ressources sont propres, le reste vient de l’Université du Cap. A sa création il y a tout juste 40 ans, le théâtre devait être intégré à l’université. C’était la seule manière de le protéger contre les lois de l’époque de l’apartheid, qui permettaient de censurer des productions artistiques partout dans le pays. C’était moins évident de faire arrêter une production au sein d’une université. C’est la raison pour laquelle Baxter Theatre a une tradition d’innovation, et portent des problématiques sociales majeures en Afrique du Sud. Fun fact : le premier baiser d’un couple mixte sur une scène de théâtre sud-africaine était dans Mies Julie, en 1985, cinq ans avant la fin de l’apartheid donc. Quand la pièce a été donnée à Johannesburg, l’actrice qui joue Julie a reçu des menaces de mort.

Longue vie à Baxter Theatre! Pour ceux qui sont à Edimbourg jusqu’à la fin du Fringe, dépêchez-vous d’aller voir leur travail. C’est excitant, perturbant et émouvant. Vous n’avez plus que trois jours !

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C’est le Fringe!

Pas beaucoup de présence sur le blog et sur les réseaux sociaux ces derniers temps parce que… c’est le Fringe! Et en mauvaise millenial, je préfère enchaîner les spectacles et en parler avec une bonne tasse de thé avec les copains plutôt que de poster des reviews à tour de bras sur le web. Mais comme je vous aime quand même, je passe vite fait par ici pour jeter quelques impressions.

Je suis arrivée à Edimbourg le jour du lancement officiel du festival, le 4 août, après quelques jours dans l’ouest de l’Ecosse à crapahuter au bord de lochs sous de monstrueuses averses. Le parfait été écossais ! Après un début de séjour au calme, j’ai plongé directement dans la folie du Fringe. J’essaie de me tenir à mon programme – d’ailleurs nos amis de French Kilt en parlent #gloire – mais j’ai pu laisser de la place à quelques surprises.

Je pense notamment à Ari Eljarn (pardon pour l’accent) et son spectacle Pardon My Icelandic. Un free show hilarant, où j’ai beaucoup appris sur son pays, l’Islande, mais aussi le Danemark et les îles Féroé. Special point pour son imitation parfaite des sèches-mains.

En plus sérieux, gros coup de coeur pour Half Breed de Natasha Marshall et la compagnie de théâtre Talawa. Tellement de résonances avec mon expérience de minorité dans une petite ville. A voir, que vous soyez directement concerné ou pas.

J’ai encore énormément de shows à voir – en moyenne quatre par jours ! Et toujours de la place pour les suggestions. Si vous avez des suggestions, des coups de coeur, des coups de gueule, partagez ! #DefyTheNorm

Jetez un coup d’œil au Tweet de @Terfele : https://twitter.com/Terfele/status/894638555888222212?s=09

Publié dans Ecosse

Ma sélection pour #EdFringe 2017

Chose promise, chose due : voici un extrait de ma récolte, savamment triée, des spectacles que j’ai la ferme intention de voir cette année . Il y avait le choix cette année entre 3696 shows ! Intimidant, mais il suffit de connaître ses goûts et de se laisser porter.

Mon Fringe sera très marqué par les questions d’identité (couleur, religion, genre – le genre de choses qui me travaillent beaucoup), la politique et la culture écossaise. Il y aura surtout du stand-up : j’ai beau avoir un bac+5, le théâtre ultra-conceptuel, c’est pas plus mon délire que ça. Cette année que je vais quand même m’essayer au cabaret, il y en a quelques uns qui ont l’air d’être de vrais exutoires.

Sans plus attendre :

LE PROGRAMME !

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Catégorie Meuf Badass : Desiree Burch – Unf*ckable

Je me retrouve tellement dans tout ce qu’est cette femme. Donc je vais la voir.

Bilal Zafar
Bilal Zafar (Twitter)

Catégorie Mec Qui Parle De Tout Ce Qui M’intéresse : Bilal Zafar – Biscuit

Bilal Zafar est dans mon top 3 des comédiens les plus drôles du Fringe 2016. Dans son spectacle précédent, Cake, il parle de la terrifiante idiotie du Twitter réactionnaire qui a inventé puis relayé la rumeur selon laquelle il avait ouvert une pâtisserie interdite aux non-musulmans. A mourir de rire !

Catégorie Forcé Il Fallait En Parler : Gareth Morinan – Brexitocracy

En 2016, beaucoup de spectacles du Fringe parlaient du Brexit. Avec l’interminable feuilleton que représente la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les comédiens n’allaient pas se priver d’en reparler ! Le potentiel comique est infini. J’ai hâte de voir Gareth Morinan m’expliquer tout ça avec des PowerPoints.

Catégorie Enfin Des Mecs Qui Pensent A Leur Condition : Joe Sellman-Leava – Monster

Une des plus belles découvertes du Fringe 2016. L’année dernière, sa pièce Labels m’a fait réfléchir comme jamais sur le pouvoir des étiquettes qu’on se colle tous les uns sur les autres (hétéro – gay – blanc – noir – natif – étranger), et sur ce que c’est de construire son identité quand elle est complexe (story of my life). Cette année, Joe Sellman-Leave revient avec une pièce qui parle de masculinité.

Catégorie Son Point De Vue Va Être Intéressant : Pierre Novellie

Alors Pierre Novellie, c’est ce mec, blanc, Sud-Africain, qui explique l’ironie du racisme : les gens le regardent de travers en pensant qu’il est raciste, donc qu’il juge les gens sur la couleur de leur peau, car… il est blanc en Afrique du Sud. Hâte de voir son spectacle, il promet d’être très décalé. Au moins autant que celui de son compatriote Loyiso Gola (vu et approuvé) !

Catégorie J’Aime Ce Concept Bien Barré : Hot Brown Honey

Un cabaret féministe avec des Australiennes d’origines diverses qui décident de s’assumer. Que veut le peuple ?

Catégorie Immense Comédienne Que J’Adule : Shappi Khorsandi – Mistress and Misfit 

Je l’ai loupée l’année dernière parce que son spectacle était sold out et j’ai pleurniché pendant deux semaines. Cette fois-ci je plante tout le monde et je vais la voir ! Elle parle de ses origines iraniennes, de la famille ultra-traditionnelle, des défauts de sa classe sociale élevée, et de la vie tout simplement. Je l’aime d’amour.

Catégorie Comédienne Ecossaise Qui Représente Totalement Les Ecossaises : Fern Brady – Suffer, Fools!

Son franc-parler sur tout me fait pleurer de rire. Mais des vraies larmes hein. Et pourtant Dieu sait que je n’ai pas le sens de l’humour.

Bon, j’en ai plein d’autres dans ma sacoche : j’ai prévu d’aller voir une quarantaine de spectacles en dix jours. Même pas peur. Mais apparemment, je pourrais en voir plus…

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Mais ce ne serait pas raisonnable. Non ?

Publié dans Ecosse

Survivre à l’Ecosse – leçon n°5 : se préparer pour le mois d’août

Les enfants attendent Noël toute l’année en trépignant d’impatience. On leur offre même un calendrier de l’avent pour les faire patienter. Et dès que le moment tant rêvé arrive, que les cadeaux sont ouverts avec excitation/appréhension, utilisés, cassés, le compte à rebours pour le Noël suivant s’enclenche tout de suite.

Pour moi, c’est un peu pareil avec le mois d’août à Edimbourg et sa multitude de festivals : l’International Festival, le Book Festival, mais surtout le Fringe. L’an dernier, il ne m’aura fallu qu’un quart de seconde après avoir quitté la capitale écossaise pour me dire : vivement l’an prochain, et le catalogue massif de spectacles, les heures d’organisation pour pouvoir faire le plus de choses possibles en quelques jours, et les moments de frustration parce qu’on ne peut pas tout faire en quelques jours (foutu compte en banque/nécessité physique de manger et dormir/non-maîtrise de l’ubiquité). Mon calendrier de l’avent, c’est quand le site du Fringe met chaque mois plusieurs dizaines de spectacles en ligne avant le lancement du programme officiel début juin.

Alors pour survivre au mois d’août à Edimbourg, voici mes astuces testées et approuvées.

1- Prepare, prepare, prepare (1) !

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Gros level de préparation pour l’été

Ce n’est pas de la folie de s’y prendre très en avance, parce qu’Edimbourg est prise d’assaut en été. Quelques chiffres qui donnent le tournis ? En 2016, le Fringe c’était 3,269 spectacles sur le catalogue dont 643 gratuits, 50,266 représentations, 2,475,143 tickets imprimés (sachant qu’il n’est pas obligatoire de posséder un ticket pour assister à un spectacle gratuit). Cela fait du monde dans la ville. Donc l’urgence numéro un est de trouver un logement qui ne vous oblige pas à hypothéquer la maison dont vous n’êtes pas encore propriétaire, mais qui ne soit pas non plus situé à 30 minutes en voiture du centre. Et pour cela, une seule solution : ne pas s’y prendre trop tard. On est en avril, et je sais qu’avant la fin du mois j’aurai réservé mon logement à Edimbourg pour les deux premières semaines d’août. Cela me permettra d’avoir quelque chose qui ne dépasse pas les 45 euros par nuit et par personne. En ce qui concerne le transport, je suis en général assez détendue… mais même là, je pense ne pas trop tarder à réserver mon billet d’avion. Les prix augmentent vite ! D’ici la mi-mai, j’aurai booké mon aller-retour.

2 – Prepare, prepare, prepare (2) !

Leslie Knope, la seule personne au monde qui aime plus planifier que moi

On arrive à ma partie préférée : sélectionner les spectacles que j’ai envie de voir ! Pour le Book Festival et l’International Festival, ce n’est pas très compliqué : le catalogue est light, donc il n’y a à choisir qu’entre quelques dizaines de propositions (des rencontres avec des auteurs/politiques pour le Book Fest, des concerts, pièces de théâtres, spectacles de danse pour l’International Fest). De plus, le prix des tickets dissuadent d’assister à des dizaines de shows : il faut compter 10 livres sterling pour chaque conférence, et les tickets peuvent aller jusqu’au 95 livres pour une représentation à l’International Festival. C’est plus tentant de se tourner vers le Fringe, qui offre un choix plus vaste (théâtre, stand-up, comédie musicale, promenades, expositions, concerts, etc.). Et c’est tellement moins cher ! La plupart des spectacles coûtent moins de 10 livres. Le tout est de savoir ce qui vous fait envie. Perso, mon truc c’est le stand-up qui parle de quelque chose. Un humoriste qui vient enchaîner les vannes pendant une heure ne m’intéresse pas. Mais des gens comme Loyiso Gola tellement grinçant sur le racisme, Chris Gethard qui arrive à faire rire et réfléchir en parlant de dépression et de suicide, ou Katherine Ryan imbattable sur le féminisme, je leur donne mes sous sans hésiter pour les voir.

Fringe 1994
Quelques tickets achetés pour le Fringe en 2014

Plusieurs astuces donc : le moteur de recherche du Fringe, qui vous permet de trier les spectacles par date, prix, genre, public visé. Sinon, il y a EdFringetastic pour vous servir ! #YoureWelcome #MomentPub

3- Don’t over-prepare

Une fois que vous avez une vague idée de ce que vous voulez voir, arrêtez-vous. LE piège dans lequel il ne faut pas tomber, c’est de tout vouloir planifier et de ne pas se laisser le temps de souffler. Cinq spectacles par jour, c’est chouette le premier jour, c’est compliqué le deuxième, c’est impossible le troisième. Donc on se prévoit maximum trois spectacles par jour (ou plutôt dans l’après-midi et la soirée, le matin vous serez tranquilles, sauf si vous allez voir des spectacles pour enfants), et on se laisse le temps d’être surpris ! Il arrivera forcément un moment où on va vous donner le flyer d’une troupe d’impro qui se produit dans la journée, où on vous proposera un ticket gratuit pour un duo d’humoristes déjantés, où vous aurez lu qu’une pièce de théâtre vaut le coup d’être vue, ou simplement, vous aurez envie de vous poser et de boire un thé.

4- Mind your money

Une fois la sélection faite, on touche au sujet qui fâche : l’argent. Aller au Edimbourg en août, surtout si on y reste un moment, ça peut coûter très cher. Mais pas de panique ! Il y a quelques astuces pour ne pas (trop) casser son PEL. Premièrement : vous pouvez privilégier les spectacles gratuits (enfin… avec paiement au chapeau, les artistes doivent eux aussi gagner leur vie !). Deuxièmement, vous pouvez profiter des deux journées 2 for 1 , qui sont les premiers lundi et mardi du Fringe (les 7 et 8 août cette année). En gros, sur la plupart des spectacles, si vous achetez un ticket, le deuxième est gratuit. Enfin, vous pouvez devenir un Ami du Fringe : il faut faire un don au festival (à partir de 30 livres, mais plus vous donnez, plus vous recevez d’avantages), et en contrepartie vous bénéficiez d’un accès à un box-office réservé aux donateurs (donc adieu les queues interminables) et d’une offre 2 for 1 sur la plupart des spectacles. J’avais pris cette offre en 2014 et pas en 2016 : j’ai vu la différence, et je vais la reprendre cette année. En plus cela vous permet de recevoir le catalogue complet du Fringe directement dans votre boîte aux lettres à sa sortie. #VIP

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5- Pack smart and light

People packing be like

Cette question revient à chaque fois que je pars en Ecosse avec des amis. « Plutôt valise ou sac à dos ? On emporte quoi ? » Là chacun fait ce qu’il veut, mais mon avis est qu’il faut partir léger, parce que vous allez revenir avec masse de haggis, du whisky et de l’Irn Bru, obligé. C’est là que les choses se compliquent : faire une valise légère quand on part au soleil, facile, mais quand on va dans un pays où les températures ne dépassent que rarement les 15 degrés, on fait comment ? Déjà, on ne s’embête pas pour les chaussures : une seule paire suffira. J’opte pour la paire de low boots sans talons, confortable, étanche, mais avec laquelle on peut sortir sans trop ressembler à une souillon. Dans la valise, quelques jeans, des t-shirts à manche longue et pas mal de gilets plutôt que des gros pulls, parce que le temps est changeant. J’ajoute une robe pour le jour de l’été où il fera beau. Enfin, un manteau qui ne craint pas l’eau, et de préférence avec une capuche. Croyez-moi, vous ne voulez pas avoir un parapluie quand il pleut et il vente en Ecosse.

Vous voilà prêts à passer un super été en Ecosse ! Dans les prochains billets, je vous parlerai plus précisément des spectacles qui ont attiré mon attention ou faits par des gens que je recommande. Stay tuned !

Publié dans Ecosse, Royaume-Uni

#ScotRef – l’Ecosse vers un deuxième référendum sur l’indépendance

Revenir de vacances est toujours une vrai déchirure. D’autant plus que cette année, je quittais le soleil de Bamako pour revenir à la fraîcheur de Paris. Mais comme dans toutes les situations de crise, l’Ecosse ne me déçoit jamais : pour reprendre la semaine sur les chapeaux de roue, Nicola Sturgeon a annoncé ce lundi 13 mars un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

En même temps, est-ce si étonnant ? Depuis le lendemain du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, tout le monde retenait son souffle et les rumeurs ne devenaient que plus persistantes. J’en parlais il y a quelques mois. Et ces dernières semaines, les choses sont devenues un peu plus concrètes : la période à laquelle la consultation risque de se tenir a été évoquée par la Première ministre et par son prédécesseur Alex Salmond.

Qu’est-ce qui a fini par décider Nicola Sturgeon ? Tout d’abord, son annonce coïncidait avec l’examen en seconde lecture par la Chambre des Communes du projet de loi autorisant la Première ministre britannique, Theresa May, à déclencher les procédures pour quitter l’Union européenne, avec le fameux article 50 du traité de Lisbonne. Et cela arrive après des semaines de discussions, ou plutôt de tentatives de discussion, pour que l’Ecosse ait un accord différencié avec l’UE : une tentative d’éviter un Brexit dur. C’est ce que proposait le gouvernement écossais dans un document de 50 pages, La place de l’Ecosse en Europe (Scotland’s Place in Europe), dont je vous recommande la lecture. Mais pour Londres, tout le monde doit être logé à la même enseigne : ce sera Brexit dur pour tout le monde, même pour l’Ecosse qui a voté contre.

On voit rapidement où est le problème: quelle légitimité pour Theresa May, qui n’a par ailleurs pas été élue (souvenez-vous, elle a pris la succession de David Cameron sans élection à la tête du parti conservateur), dans une Ecosse qui non seulement n’a pas voté pour le Brexit, mais qui en plus ne compte qu’un seul député conservateur ? Du point de vue écossais, sa position est difficile à défendre. D’autant plus qu’en 2014, après le référendum, les trois grands partis nationaux (Labour, Tories et Libéraux-démocrates) avaient promis de traiter l’Ecosse comme une égale des autres nations. « L’Ecosse va faire face à un choix : celui de suivre le Royaume-Uni dans un Brexit dur, ou de devenir un pays indépendant qui puisse conclure un véritable partenariat d’égal à égal avec le reste du Royaume-Uni et notre propre relation avec l’Europe », déclarait Nicola Sturgeon lundi.

Nicola Sturgeon annonce un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse

Pourtant, rien n’est gagné : tout d’abord, on ne sait pas exactement quand ce référendum aura lieu, ni s’il aura lieu. Si Sturgeon aimerait un vote à l’automne 2018 ou au printemps 2019, donc après la fin des négociations de Londres avec Bruxelles, Theresa May est plus que tiède à l’idée. On peut la comprendre : elle aurait à se battre sur deux fronts, à Edimbourg et à Bruxelles. Tout ce que le Parlement écossais peut faire, c’est demander l’autorisation à Londres d’organiser un référendum. C’est donc le gouvernement britannique qui aura le dernier mot. Mais en même temps, c’est très compliqué de dire aux Ecossais qu’ils n’auront pas leur mot à dire sur leur auto-détermination. Raison pour laquelle May a dit que ce n’est pas le moment, mais elle n’exclut pas, dans le futur, d’autoriser une second référendum.

Pour la pousser à accepter la demande du gouvernement écossais, le Scottish National Party (au pouvoir au Parlement écossais) a lancé un site, une pétition et une campagne de financement participatif qui a déjà beaucoup de succès. Mais en face aussi, les unionistes sont loin d’être passifs : les représentants de ces partis multiplient les attaques virulentes à l’encontre de Nicola Sturgeon, en argumentant que les Écossais se sont déjà prononcés sur leur indépendance en septembre 2014 et qu’il y a mieux à faire pour le moment. La palme revient au chef du parti conservateur au Pays de Galles, qui accuse Nicola Sturgeon de vouloir reconstruire le mur d’Hadrien entre l’Ecosse et l’Angleterre.

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Du côté des travaillistes, la position est pour le moins confuse : le Scottish Labour est absolument opposé à tout second référendum et votera contre au Parlement écossais, estimant que la meilleure chose pour l’Ecosse était de rester dans le Royaume-Uni (même en cas de Brexit dur). Le leader national du parti travailliste, Jeremy Corbyn, avait pourtant déclaré l’exact contraire selon la presse, avant de démentir et de s’aligner sur la position de ses camarades écossais.

En attendant que ce référendum arrive, il va y avoir des mois de négociations pour la sortie des Britanniques de l’UE à se mettre sous la dent. Cela risque d’être encore plus difficile, maintenant que l’Ecosse a aussi un pied sur le pas de la porte. On verra aussi comment l’UE va réagir cette fois-ci devant une Écosse qui retente l’aventure de l’indépendance. De l’avis général, il y a beaucoup de bienveillance à Bruxelles (à l’exception notable de l’Espagne). Après tout, on voit mal l’Europe imposer une fin de non-recevoir à une nation qui veut se battre pour rester dans l’union, à cette époque d’euroscepticisme généralisé.

Tout ça pour dire : continuez à suivre Kiltissime ! On va avoir beaucoup de choses à se raconter.