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C’est le Fringe!

Pas beaucoup de présence sur le blog et sur les réseaux sociaux ces derniers temps parce que… c’est le Fringe! Et en mauvaise millenial, je préfère enchaîner les spectacles et en parler avec une bonne tasse de thé avec les copains plutôt que de poster des reviews à tour de bras sur le web. Mais comme je vous aime quand même, je passe vite fait par ici pour jeter quelques impressions.

Je suis arrivée à Edimbourg le jour du lancement officiel du festival, le 4 août, après quelques jours dans l’ouest de l’Ecosse à crapahuter au bord de lochs sous de monstrueuses averses. Le parfait été écossais ! Après un début de séjour au calme, j’ai plongé directement dans la folie du Fringe. J’essaie de me tenir à mon programme – d’ailleurs nos amis de French Kilt en parlent #gloire – mais j’ai pu laisser de la place à quelques surprises.

Je pense notamment à Ari Eljarn (pardon pour l’accent) et son spectacle Pardon My Icelandic. Un free show hilarant, où j’ai beaucoup appris sur son pays, l’Islande, mais aussi le Danemark et les îles Féroé. Special point pour son imitation parfaite des sèches-mains.

En plus sérieux, gros coup de coeur pour Half Breed de Natasha Marshall et la compagnie de théâtre Talawa. Tellement de résonances avec mon expérience de minorité dans une petite ville. A voir, que vous soyez directement concerné ou pas.

J’ai encore énormément de shows à voir – en moyenne quatre par jours ! Et toujours de la place pour les suggestions. Si vous avez des suggestions, des coups de coeur, des coups de gueule, partagez ! #DefyTheNorm

Jetez un coup d’œil au Tweet de @Terfele : https://twitter.com/Terfele/status/894638555888222212?s=09

Publié dans Ecosse

Ma sélection pour #EdFringe 2017

Chose promise, chose due : voici un extrait de ma récolte, savamment triée, des spectacles que j’ai la ferme intention de voir cette année . Il y avait le choix cette année entre 3696 shows ! Intimidant, mais il suffit de connaître ses goûts et de se laisser porter.

Mon Fringe sera très marqué par les questions d’identité (couleur, religion, genre – le genre de choses qui me travaillent beaucoup), la politique et la culture écossaise. Il y aura surtout du stand-up : j’ai beau avoir un bac+5, le théâtre ultra-conceptuel, c’est pas plus mon délire que ça. Cette année que je vais quand même m’essayer au cabaret, il y en a quelques uns qui ont l’air d’être de vrais exutoires.

Sans plus attendre :

LE PROGRAMME !

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Catégorie Meuf Badass : Desiree Burch – Unf*ckable

Je me retrouve tellement dans tout ce qu’est cette femme. Donc je vais la voir.

Bilal Zafar
Bilal Zafar (Twitter)

Catégorie Mec Qui Parle De Tout Ce Qui M’intéresse : Bilal Zafar – Biscuit

Bilal Zafar est dans mon top 3 des comédiens les plus drôles du Fringe 2016. Dans son spectacle précédent, Cake, il parle de la terrifiante idiotie du Twitter réactionnaire qui a inventé puis relayé la rumeur selon laquelle il avait ouvert une pâtisserie interdite aux non-musulmans. A mourir de rire !

Catégorie Forcé Il Fallait En Parler : Gareth Morinan – Brexitocracy

En 2016, beaucoup de spectacles du Fringe parlaient du Brexit. Avec l’interminable feuilleton que représente la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les comédiens n’allaient pas se priver d’en reparler ! Le potentiel comique est infini. J’ai hâte de voir Gareth Morinan m’expliquer tout ça avec des PowerPoints.

Catégorie Enfin Des Mecs Qui Pensent A Leur Condition : Joe Sellman-Leava – Monster

Une des plus belles découvertes du Fringe 2016. L’année dernière, sa pièce Labels m’a fait réfléchir comme jamais sur le pouvoir des étiquettes qu’on se colle tous les uns sur les autres (hétéro – gay – blanc – noir – natif – étranger), et sur ce que c’est de construire son identité quand elle est complexe (story of my life). Cette année, Joe Sellman-Leave revient avec une pièce qui parle de masculinité.

Catégorie Son Point De Vue Va Être Intéressant : Pierre Novellie

Alors Pierre Novellie, c’est ce mec, blanc, Sud-Africain, qui explique l’ironie du racisme : les gens le regardent de travers en pensant qu’il est raciste, donc qu’il juge les gens sur la couleur de leur peau, car… il est blanc en Afrique du Sud. Hâte de voir son spectacle, il promet d’être très décalé. Au moins autant que celui de son compatriote Loyiso Gola (vu et approuvé) !

Catégorie J’Aime Ce Concept Bien Barré : Hot Brown Honey

Un cabaret féministe avec des Australiennes d’origines diverses qui décident de s’assumer. Que veut le peuple ?

Catégorie Immense Comédienne Que J’Adule : Shappi Khorsandi – Mistress and Misfit 

Je l’ai loupée l’année dernière parce que son spectacle était sold out et j’ai pleurniché pendant deux semaines. Cette fois-ci je plante tout le monde et je vais la voir ! Elle parle de ses origines iraniennes, de la famille ultra-traditionnelle, des défauts de sa classe sociale élevée, et de la vie tout simplement. Je l’aime d’amour.

Catégorie Comédienne Ecossaise Qui Représente Totalement Les Ecossaises : Fern Brady – Suffer, Fools!

Son franc-parler sur tout me fait pleurer de rire. Mais des vraies larmes hein. Et pourtant Dieu sait que je n’ai pas le sens de l’humour.

Bon, j’en ai plein d’autres dans ma sacoche : j’ai prévu d’aller voir une quarantaine de spectacles en dix jours. Même pas peur. Mais apparemment, je pourrais en voir plus…

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Mais ce ne serait pas raisonnable. Non ?

Publié dans Ecosse

Survivre à l’Ecosse – leçon n°5 : se préparer pour le mois d’août

Les enfants attendent Noël toute l’année en trépignant d’impatience. On leur offre même un calendrier de l’avent pour les faire patienter. Et dès que le moment tant rêvé arrive, que les cadeaux sont ouverts avec excitation/appréhension, utilisés, cassés, le compte à rebours pour le Noël suivant s’enclenche tout de suite.

Pour moi, c’est un peu pareil avec le mois d’août à Edimbourg et sa multitude de festivals : l’International Festival, le Book Festival, mais surtout le Fringe. L’an dernier, il ne m’aura fallu qu’un quart de seconde après avoir quitté la capitale écossaise pour me dire : vivement l’an prochain, et le catalogue massif de spectacles, les heures d’organisation pour pouvoir faire le plus de choses possibles en quelques jours, et les moments de frustration parce qu’on ne peut pas tout faire en quelques jours (foutu compte en banque/nécessité physique de manger et dormir/non-maîtrise de l’ubiquité). Mon calendrier de l’avent, c’est quand le site du Fringe met chaque mois plusieurs dizaines de spectacles en ligne avant le lancement du programme officiel début juin.

Alors pour survivre au mois d’août à Edimbourg, voici mes astuces testées et approuvées.

1- Prepare, prepare, prepare (1) !

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Gros level de préparation pour l’été

Ce n’est pas de la folie de s’y prendre très en avance, parce qu’Edimbourg est prise d’assaut en été. Quelques chiffres qui donnent le tournis ? En 2016, le Fringe c’était 3,269 spectacles sur le catalogue dont 643 gratuits, 50,266 représentations, 2,475,143 tickets imprimés (sachant qu’il n’est pas obligatoire de posséder un ticket pour assister à un spectacle gratuit). Cela fait du monde dans la ville. Donc l’urgence numéro un est de trouver un logement qui ne vous oblige pas à hypothéquer la maison dont vous n’êtes pas encore propriétaire, mais qui ne soit pas non plus situé à 30 minutes en voiture du centre. Et pour cela, une seule solution : ne pas s’y prendre trop tard. On est en avril, et je sais qu’avant la fin du mois j’aurai réservé mon logement à Edimbourg pour les deux premières semaines d’août. Cela me permettra d’avoir quelque chose qui ne dépasse pas les 45 euros par nuit et par personne. En ce qui concerne le transport, je suis en général assez détendue… mais même là, je pense ne pas trop tarder à réserver mon billet d’avion. Les prix augmentent vite ! D’ici la mi-mai, j’aurai booké mon aller-retour.

2 – Prepare, prepare, prepare (2) !

Leslie Knope, la seule personne au monde qui aime plus planifier que moi

On arrive à ma partie préférée : sélectionner les spectacles que j’ai envie de voir ! Pour le Book Festival et l’International Festival, ce n’est pas très compliqué : le catalogue est light, donc il n’y a à choisir qu’entre quelques dizaines de propositions (des rencontres avec des auteurs/politiques pour le Book Fest, des concerts, pièces de théâtres, spectacles de danse pour l’International Fest). De plus, le prix des tickets dissuadent d’assister à des dizaines de shows : il faut compter 10 livres sterling pour chaque conférence, et les tickets peuvent aller jusqu’au 95 livres pour une représentation à l’International Festival. C’est plus tentant de se tourner vers le Fringe, qui offre un choix plus vaste (théâtre, stand-up, comédie musicale, promenades, expositions, concerts, etc.). Et c’est tellement moins cher ! La plupart des spectacles coûtent moins de 10 livres. Le tout est de savoir ce qui vous fait envie. Perso, mon truc c’est le stand-up qui parle de quelque chose. Un humoriste qui vient enchaîner les vannes pendant une heure ne m’intéresse pas. Mais des gens comme Loyiso Gola tellement grinçant sur le racisme, Chris Gethard qui arrive à faire rire et réfléchir en parlant de dépression et de suicide, ou Katherine Ryan imbattable sur le féminisme, je leur donne mes sous sans hésiter pour les voir.

Fringe 1994
Quelques tickets achetés pour le Fringe en 2014

Plusieurs astuces donc : le moteur de recherche du Fringe, qui vous permet de trier les spectacles par date, prix, genre, public visé. Sinon, il y a EdFringetastic pour vous servir ! #YoureWelcome #MomentPub

3- Don’t over-prepare

Une fois que vous avez une vague idée de ce que vous voulez voir, arrêtez-vous. LE piège dans lequel il ne faut pas tomber, c’est de tout vouloir planifier et de ne pas se laisser le temps de souffler. Cinq spectacles par jour, c’est chouette le premier jour, c’est compliqué le deuxième, c’est impossible le troisième. Donc on se prévoit maximum trois spectacles par jour (ou plutôt dans l’après-midi et la soirée, le matin vous serez tranquilles, sauf si vous allez voir des spectacles pour enfants), et on se laisse le temps d’être surpris ! Il arrivera forcément un moment où on va vous donner le flyer d’une troupe d’impro qui se produit dans la journée, où on vous proposera un ticket gratuit pour un duo d’humoristes déjantés, où vous aurez lu qu’une pièce de théâtre vaut le coup d’être vue, ou simplement, vous aurez envie de vous poser et de boire un thé.

4- Mind your money

Une fois la sélection faite, on touche au sujet qui fâche : l’argent. Aller au Edimbourg en août, surtout si on y reste un moment, ça peut coûter très cher. Mais pas de panique ! Il y a quelques astuces pour ne pas (trop) casser son PEL. Premièrement : vous pouvez privilégier les spectacles gratuits (enfin… avec paiement au chapeau, les artistes doivent eux aussi gagner leur vie !). Deuxièmement, vous pouvez profiter des deux journées 2 for 1 , qui sont les premiers lundi et mardi du Fringe (les 7 et 8 août cette année). En gros, sur la plupart des spectacles, si vous achetez un ticket, le deuxième est gratuit. Enfin, vous pouvez devenir un Ami du Fringe : il faut faire un don au festival (à partir de 30 livres, mais plus vous donnez, plus vous recevez d’avantages), et en contrepartie vous bénéficiez d’un accès à un box-office réservé aux donateurs (donc adieu les queues interminables) et d’une offre 2 for 1 sur la plupart des spectacles. J’avais pris cette offre en 2014 et pas en 2016 : j’ai vu la différence, et je vais la reprendre cette année. En plus cela vous permet de recevoir le catalogue complet du Fringe directement dans votre boîte aux lettres à sa sortie. #VIP

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5- Pack smart and light

People packing be like

Cette question revient à chaque fois que je pars en Ecosse avec des amis. « Plutôt valise ou sac à dos ? On emporte quoi ? » Là chacun fait ce qu’il veut, mais mon avis est qu’il faut partir léger, parce que vous allez revenir avec masse de haggis, du whisky et de l’Irn Bru, obligé. C’est là que les choses se compliquent : faire une valise légère quand on part au soleil, facile, mais quand on va dans un pays où les températures ne dépassent que rarement les 15 degrés, on fait comment ? Déjà, on ne s’embête pas pour les chaussures : une seule paire suffira. J’opte pour la paire de low boots sans talons, confortable, étanche, mais avec laquelle on peut sortir sans trop ressembler à une souillon. Dans la valise, quelques jeans, des t-shirts à manche longue et pas mal de gilets plutôt que des gros pulls, parce que le temps est changeant. J’ajoute une robe pour le jour de l’été où il fera beau. Enfin, un manteau qui ne craint pas l’eau, et de préférence avec une capuche. Croyez-moi, vous ne voulez pas avoir un parapluie quand il pleut et il vente en Ecosse.

Vous voilà prêts à passer un super été en Ecosse ! Dans les prochains billets, je vous parlerai plus précisément des spectacles qui ont attiré mon attention ou faits par des gens que je recommande. Stay tuned !

Publié dans Ecosse, Royaume-Uni

#ScotRef – l’Ecosse vers un deuxième référendum sur l’indépendance

Revenir de vacances est toujours une vrai déchirure. D’autant plus que cette année, je quittais le soleil de Bamako pour revenir à la fraîcheur de Paris. Mais comme dans toutes les situations de crise, l’Ecosse ne me déçoit jamais : pour reprendre la semaine sur les chapeaux de roue, Nicola Sturgeon a annoncé ce lundi 13 mars un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

En même temps, est-ce si étonnant ? Depuis le lendemain du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, tout le monde retenait son souffle et les rumeurs ne devenaient que plus persistantes. J’en parlais il y a quelques mois. Et ces dernières semaines, les choses sont devenues un peu plus concrètes : la période à laquelle la consultation risque de se tenir a été évoquée par la Première ministre et par son prédécesseur Alex Salmond.

Qu’est-ce qui a fini par décider Nicola Sturgeon ? Tout d’abord, son annonce coïncidait avec l’examen en seconde lecture par la Chambre des Communes du projet de loi autorisant la Première ministre britannique, Theresa May, à déclencher les procédures pour quitter l’Union européenne, avec le fameux article 50 du traité de Lisbonne. Et cela arrive après des semaines de discussions, ou plutôt de tentatives de discussion, pour que l’Ecosse ait un accord différencié avec l’UE : une tentative d’éviter un Brexit dur. C’est ce que proposait le gouvernement écossais dans un document de 50 pages, La place de l’Ecosse en Europe (Scotland’s Place in Europe), dont je vous recommande la lecture. Mais pour Londres, tout le monde doit être logé à la même enseigne : ce sera Brexit dur pour tout le monde, même pour l’Ecosse qui a voté contre.

On voit rapidement où est le problème: quelle légitimité pour Theresa May, qui n’a par ailleurs pas été élue (souvenez-vous, elle a pris la succession de David Cameron sans élection à la tête du parti conservateur), dans une Ecosse qui non seulement n’a pas voté pour le Brexit, mais qui en plus ne compte qu’un seul député conservateur ? Du point de vue écossais, sa position est difficile à défendre. D’autant plus qu’en 2014, après le référendum, les trois grands partis nationaux (Labour, Tories et Libéraux-démocrates) avaient promis de traiter l’Ecosse comme une égale des autres nations. « L’Ecosse va faire face à un choix : celui de suivre le Royaume-Uni dans un Brexit dur, ou de devenir un pays indépendant qui puisse conclure un véritable partenariat d’égal à égal avec le reste du Royaume-Uni et notre propre relation avec l’Europe », déclarait Nicola Sturgeon lundi.

Nicola Sturgeon annonce un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse

Pourtant, rien n’est gagné : tout d’abord, on ne sait pas exactement quand ce référendum aura lieu, ni s’il aura lieu. Si Sturgeon aimerait un vote à l’automne 2018 ou au printemps 2019, donc après la fin des négociations de Londres avec Bruxelles, Theresa May est plus que tiède à l’idée. On peut la comprendre : elle aurait à se battre sur deux fronts, à Edimbourg et à Bruxelles. Tout ce que le Parlement écossais peut faire, c’est demander l’autorisation à Londres d’organiser un référendum. C’est donc le gouvernement britannique qui aura le dernier mot. Mais en même temps, c’est très compliqué de dire aux Ecossais qu’ils n’auront pas leur mot à dire sur leur auto-détermination. Raison pour laquelle May a dit que ce n’est pas le moment, mais elle n’exclut pas, dans le futur, d’autoriser une second référendum.

Pour la pousser à accepter la demande du gouvernement écossais, le Scottish National Party (au pouvoir au Parlement écossais) a lancé un site, une pétition et une campagne de financement participatif qui a déjà beaucoup de succès. Mais en face aussi, les unionistes sont loin d’être passifs : les représentants de ces partis multiplient les attaques virulentes à l’encontre de Nicola Sturgeon, en argumentant que les Écossais se sont déjà prononcés sur leur indépendance en septembre 2014 et qu’il y a mieux à faire pour le moment. La palme revient au chef du parti conservateur au Pays de Galles, qui accuse Nicola Sturgeon de vouloir reconstruire le mur d’Hadrien entre l’Ecosse et l’Angleterre.

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Du côté des travaillistes, la position est pour le moins confuse : le Scottish Labour est absolument opposé à tout second référendum et votera contre au Parlement écossais, estimant que la meilleure chose pour l’Ecosse était de rester dans le Royaume-Uni (même en cas de Brexit dur). Le leader national du parti travailliste, Jeremy Corbyn, avait pourtant déclaré l’exact contraire selon la presse, avant de démentir et de s’aligner sur la position de ses camarades écossais.

En attendant que ce référendum arrive, il va y avoir des mois de négociations pour la sortie des Britanniques de l’UE à se mettre sous la dent. Cela risque d’être encore plus difficile, maintenant que l’Ecosse a aussi un pied sur le pas de la porte. On verra aussi comment l’UE va réagir cette fois-ci devant une Écosse qui retente l’aventure de l’indépendance. De l’avis général, il y a beaucoup de bienveillance à Bruxelles (à l’exception notable de l’Espagne). Après tout, on voit mal l’Europe imposer une fin de non-recevoir à une nation qui veut se battre pour rester dans l’union, à cette époque d’euroscepticisme généralisé.

Tout ça pour dire : continuez à suivre Kiltissime ! On va avoir beaucoup de choses à se raconter.

Publié dans Ecosse

Edimbourg : les endroits à voir absolument pour comprendre l’Ecosse

En tout, sans compter mon séjour Erasmus en 2010-2011, je suis allée cinq fois à Edimbourg, et je m’apprête à y retourner une sixième fois, juste comme ça, en début d’année prochaine. Il n’y a aucun endroit, en dehors de chez mes parents, où j’ai autant été. Et pourtant, chaque retour est une découverte : c’est une nouvelle facette d’Edimbourg et de l’Ecosse qui se donne à moi chaque fois. Je ne pense pas en avoir encore fait le tour : je dois confesser que je n’ai jamais terminé un seul musée à Edimbourg, pas même le National Museum of Scotland, dans lequel j’ai dû entrer cinq minutes pour voir je ne sais plus quoi et repartir parce que j’avais sans doute mieux à faire. Donc objectif de mon prochain weekend écossais : faire les musées de la capitale. Et profiter un peu de la vie nocturne aussi, un autre domaine dans lequel je suis presque inculte, le campus universitaire regorgeant de tout ce qu’il faut pour une étudiante aussi peu sociable que moi.

Edimbourg, donc, a tellement à offrir. Voici mes quelques pistes, mes must-do et must-see, pour commencer à comprendre l’Ecosse. C’est très subjectif et, preneuse de bons plans, j’accepte les suggestions. N’hésitez pas à les mettre dans les commentaires !

Visiter le parlement écossais

Cela peut paraître curieux comme première suggestion, mais je pense vraiment que ce bâtiment représente l’esprit de l’Ecosse. Des mots du poète écossais Edwin Morgan, qui a écrit un poème à l’occasion de l’ouverture officielle de ce nouveau parlement en 2004, « nous avons un bâtiment qui est plus qu’un bâtiment ». Allez le visiter : la visite dure une heure, elle est gratuite, et la guide est phénoménale. Elle arrive, en peu de temps, à montrer que le Parlement écossais c’est une conjugaison de l’histoire, de la nature, d’une certaine idée de la démocratie, mais aussi de la modernité. Si le coeur vous en dit, et je vous promets que ça vaut le coup, assistez à un débat parlementaire ou à une commission. On peut y rentrer un peu comme on veut : il suffit de regarder l’ordre du jour sur le site du Parlement et de se pointer. Plus d’informations par ici : http://www.parliament.scot/

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Travelling the Distance, oeuvre de Shauna McMullan au Parlement écossais

Aller voir le Democracie Cairn sur Calton Hill

On reste dans la lancée politique en allant cette fois-ci du côté de Calton Hill, une petite colline bien mignonne dans le centre-ville du haut de laquelle on a une jolie vue d’Edimbourg. Sur Calton Hill, on trouve le Democracie Cairn, une sorte de torche géante en pierre, qui est le symbole de la lutte pour que l’Ecosse ait son propre parlement. Elle commémore une veillée qui s’est faite de 1992, après la quatrième victoire des Conservateurs aux élections générales, jusqu’au lendemain du référendum, en 1997, dans lequel les Ecossais ont dit oui pour avoir leur propre parlement.

Le Democracie Cairn sur Calton Hill
Le Democracie Cairn sur Calton Hill

 

La plaque sur le Democracie Cairn sur Calton Hill
La plaque sur le Democracie Cairn sur Calton Hill

Voir la sculpture des régions d’Ecosse

En 2000, l’artiste George Wyllie a posé la première pierre d’une oeuvre d’art magnifique, située dans le parc de Regent’s Road, non loin du parlement écossais : the Stones of Scotland. L’idée est assez simple : il s’agit d’un cercle avec 32 pierres, venant des 32 autorités locales (les régions administratives) d’Ecosse. Au milieu de ce cercle, il y a une dalle surélevée, sur laquelle il y a une empreinte de pied dirigée vers le parlement, comme pour donner l’opportunité au citoyen lambda de prendre la parole devant les hommes et femmes politiques dans l’hémicycle. Il y a aussi à l’intérieur du cercle une dalle sur laquelle est gravée la fin du magnifique poème de Hugh MacDiarmid, Scotland :

So I have gathered unto myself
All the loose ends of Scotland,
And by naming them and accepting them,
Loving them and identifying myself with them,
Attempt to express the whole.

Escalader Arthur’s Seat en écoutant Caledonia de Dougie MacLean

Arthur’s Seat, c’est le volcan éteint qui se trouve en plein centre d’Edimbourg. L’ascension est très facile, même si vous êtes aussi peu sportif que moi, et on a une très belle vue de la capitale et de sa région. Avec Caledonia de Dougie MacLean, une véritable chanson d’amour pour l’Ecosse, dans les oreilles, cela rend les choses tout de suite plus merveilleuses. La BBC en avait fait une émission très intéressante d’ailleurs, si vous arrivez à la retrouver…

Prendre un full Scottish Breakfast

Impossible de passer par Edimbourg sans prendre un ENORME petit-déj, avec toasts, oeufs, haricots, saucisses et haggis (option végétarienne disponible), etc. Mais pas dans le pub cossu du centre-ville : au Snax Café. Il y a en a deux à Edimbourg : un vers Princes Street, mais il est minuscule, et un bien plus grand vers Newington, plus au sud, et surtout plus grand. La clientèle varie de l’étudiant qui a besoin d’une platrée de calories avant d’aller à la bibliothèque à l’ouvrier de bâtiment qui vient se sustenter pendant sa pause. C’est bon, nourrissant et pas cher du tout : compter 5 pounds pour le plus gros petit-déj.

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Enorme petit-déj au Snax Café de Buccleuch Street

Danser un ceilidh

Qui a dit que la tradition était réservée aux vieux croulants et inaccessible ? Le ceilidh est le meilleur contre-exemple d’une divertissement centenaire mais encore bien vivant. Impossible d’aller à un mariage sans qu’il y en ait un, par exemple. En gros, un ceilidh est une évènement social, où on joue de la musique folklorique et on danse avec tout un tas de gens. Il y a des danses à deux, à quatre, à huit, à trente. C’est drôle, épuisant (ne JAMAIS y aller avec un pull et des talons), mais surtout tout le monde y est bienvenu. Dans un ceilidh, on croisera des jeunes, des vieux, des gens seuls, des couples, des groupes d’amis, des gens expérimentés, des gens amateurs, des gens pour qui c’est la première fois. Il n’y a qu’une seule règle : ne pas se prendre la tête, suivre le mouvement, et quand on connait un peu les pas, aider les autres. C’est peut-être un peu ça, l’identité écossaise.

 

Publié dans Ecosse, Royaume-Uni

#Indyref2

Il y a deux ans, après la victoire du non au référendum sur l’indépendance, je disais qu’on allait encore entendre beaucoup de parler de l’Ecosse. Vous vous souvenez ?

La Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon
La Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon

Eh bien nous y voilà : ce vote qui devait être le seul en une génération risque d’être suivi par un deuxième, si Londres opte pour un « Hard Brexit ». C’est ce qu’a annoncé Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise, à l’ouverture du congrès annuel du Scottish National Party à Glasgow ce jeudi. Ce nouveau vote pourrait avoir lieu avant que le Royaume-Uni ne se retire formellement de l’Union européenne, en principe début 2019, après deux ans de négociations.

Depuis deux ans, beaucoup de choses ont changé, mais le vrai game changer a évidemment été le Brexit : alors que le Royaume-Uni a majoritairement voté pour sortir de l’UE, 62% des Écossais ont voté pour rester. C’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase, d’autant plus que le gouvernement britannique, qui va devoir gérer le Brexit, est conservateur, alors que les Écossais sont représentés presque exclusivement par des députés nationalistes.

Il faut aussi savoir que l’un des arguments majeurs de la campagne unioniste en 2014 était que seul un maintien dans le Royaume-Uni pouvait garantir une place à l’Ecosse dans l’Union européenne. Et aujourd’hui, c’est tout le contraire qui se passe ; elle risque d’en sortir contre son gré et d’en subir toutes les conséquences : un probable ralentissement économique, une baisse du pouvoir d’achat, une fuite des entreprises du secteur financier qui occupe une place importante à Édimbourg, etc.

Et pour couronner le tout, l’après-Brexit a une odeur particulièrement désagréable, avec des discours de la part du gouvernement de Londres qui font frissonner tous les progressistes du pays, en particulier concernant l’immigration. Le congrès annuel du parti conservateur a été un festival de déclarations xénophobes, contre les médecins étrangers, les étudiants étrangers, et tout simplement les entreprises britanniques qui osent employer des travailleurs non-britanniques. Même si Londres a rétro-pédalé sur certaines des ses propositions, toujours est-il que le gouvernement écossais s’est dit que c’en était assez, et qu’il fallait peut-être songer, une nouvelle fois, à prendre un chemin différent. Nicola Sturgeon a déjà multiplié les déclarations pour se désolidariser de ce que faisait Londres, et elle semble remporter l’adhésion des Écossais, si l’on en croit les réseaux sociaux. Sur Twitter, #WeAreScotland, le hashtag qu’elle a lancé pour montrer que l’Ecosse est une nation ouverte, tolérante et inclusive, a un succès phénoménal.

Rassemblement pro-indépendance dans la quartier de Govan à Glasgow
Rassemblement pro-indépendance dans le quartier de Govan à Glasgow

Forcément, les conservateurs et travaillistes, dans l’opposition au parlement d’Édimbourg, se sont insurgés contre l’idée d’un nouveau référendum. Unionistes un jour, unionistes toujours : ils estiment que malgré le séisme provoqué par le Brexit, l’Ecosse doit rester dans le Royaume-Uni. Pour Kezia Dugdale et Ruth Davidson, le SNP devrait se pencher sur les problèmes quotidiens des Écossais au lieu de relancer un débat sur le futur de la nation.

Cette deuxième campagne, si elle a bien lieu, risque d’être très différente de la première. Tout simplement parce que ce n’est pas Alex Salmond, l’ancien First Minister maintenant député, qui la mènera : Nicola Sturgeon est bien moins péremptoire et beaucoup plus prudente que lui. Pas de déclarations catégoriques sur le futur de l’économie écossaise cette fois-ci, alors que la question de la monnaie n’a pas été réglée et que les revenus du pétrole de la mer du Nord ont fondu comme neige au soleil. Malgré le Brexit, il n’y a pas eu une montée fulgurante du sentiment indépendantiste : selon un sondage publié il y a tout juste deux jours, si les Écossais votaient aujourd’hui, ils rejetteraient à nouveau l’indépendance.

Publié dans Ecosse

Les Kelpies, l’Ecosse d’hier et l’Ecosse d’aujourd’hui

Les Ecossais doivent avoir un truc avec les figures équines. Tout d’abord, le symbole national, c’est la licorne. Je trouve que ça en dit long sur l’esprit de la nation : pourquoi prendre un animal tout ce qu’il y a de plus banal quand on peut avoir une créature fabuleuse comme une licorne ?

Et puis, il y a les Kelpies.

Les Kelpies, dans la région de Falkirk
Les Kelpies, dans la région de Falkirk

Les Kelpies sont des chevaux aquatiques mythiques, et ils sont bien moins sympathiques qu’ils en ont l’air. Ils vivent dans les cours d’eau et les lochs, et attirent les humains attendris pour les noyer. On dit qu’ils possèdent la force de cent chevaux normaux. Robert Burns en parle aussi dans un de ses poèmes, l’Adresse au diable.

ben wyatt what parks and recreation confused adam scott
Oui, comme ça, gratos

p_20160810_173732Récemment, les Kelpies ont été mis à l’honneur dans une des plus grandes œuvres publiques d’art contemporain du pays. Il s’agit d’une sculpture de deux immenses têtes de chevaux de trente mètres de haut, dans le parc de Helix, dans la région de Falkirk. Ce n’est pas très loin d’Edimbourg et de Glasgow et très facile d’accès, vraiment à voir quand on est dans le coin.

On doit l’oeuvre, ouverte au public en 2014, à Andy Scott, un artiste de Glasgow. Si la référence aux créatures mythiques est évidente, il affirme cependant qu’il a voulu rendre hommage au passé industriel de l’Ecosse: dans une interview à la BBC, il explique qu’il s’est inspiré des chevaux de trait qui étaient utilisés pour faire fonctionner les canaux écossais (d’ailleurs, les Kelpies sont situés sur le canal de Forth – qui se jette dans la mer du Nord – et Clyde, la rivière qui traverse Glasgow). Les Kelpies, faits de 300 tonnes de fer chacun, sont un hommage au rôle des chevaux, moteurs dans l’industrie, l’agriculture et les transports. Ils sont également un symbole de l’Ecosse d’aujourd’hui: une Ecosse qui sait faire de grandes choses majestueuses dont on parle en Europe et dans le monde entier, qui sait mettre à profit ses artisans, ses artistes, ses techniciens, ses ingénieurs.

Quel rapport avec la politique ? Eh bien Nicola Sturgeon, la Première ministre de l’Ecosse, adore cet endroit, si bien que lors de la réélection historique de son parti, le SNP, pour un troisième mandat au Parlement écossais début mai, elle a réuni ses élus et la presse aux Kelpies. La photo a fait la une de tous les journaux le 8 mai.

 

Quelques mois avant, ses voeux pour l’année 2016 commençaient aux Kelpies. Et en écoutant son message, on comprend l’importance de leur symbole : ils sont non seulement un hommage au passé, mais aussi une vision pour le futur et de tout ce que l’Ecosse peut accomplir.

Je pense que c’est ce que j’aime dans cette oeuvre, et dans l’Ecosse en général: l’artiste aurait pu faire une oeuvre nostalgique, qui ne reflète qu’un passé idéalisé où le pays était plus créatif, plus prestigieux, plus qualifié. On aime bien faire ça, en France et dans d’autres pays occidentaux, dire que tout était mieux avant. Avec les Kelpies, l’Ecosse montre qu’elle relie son passé à son présent et son futur: le pays qui a inventé le téléphone et la pénicilline doit avoir encore bien des choses à offrir au monde, que ce soit dans le domaine des énergies propres (vous vous souvenez ? J’en parlais dans ce billet), de l’informatique (comme à Dundee), de la médecine et des sciences de la vie… L’Ecosse est bien plus que ce que nous montre Outlander, et elle ne s’interdit pas d’être ambitieuse.

Voilà pourquoi je pense que les Kelpies sont un passage obligé pour qui veut comprendre l’esprit de l’Ecosse, qui est complexe mais tellement fascinant. Malgré mes multiples voyages, je ne cesse de redécouvrir ce pays. Dans le prochain billet, bientôt j’espère, je parlerai justement des choses à voir et à faire pour avoir un full Scottish experience. Haggis et whisky compris, mais pas que.

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Les Kelpies de nuit (licence CC)