Publié dans Ecosse, Royaume-Uni

Kiltissime vous répond : l’indépendance de l’Ecosse (3)

Alors là, vous me faites plaisir. Oui, vous posez beaucoup de questions sur le temps, la nourriture, l’accent en Ecosse. Mais apparemment, si vous venez sur Kiltissime, c’est que le sujet qui vous intéresse le plus, c’est l’indépendance de l’Ecosse ! Ca tombe bien, moi aussi.

Ca faisait longtemps que j’avais envie de faire ce petit article sur le top 7 des questions posées sur l’indépendance… Mais je n’ai pas trop eu le temps. J’étais accaparée par l’organisation d’une énorme fiesta avec famille et amis qui impliquaient un passage à la mairie et le port d’un joli anneau sur l’annulaire gauche.

Maintenant je vais avoir plein de temps pour me remettre à écrire ! Tiens, d’ailleurs bonne résolution : en 2018, je publierai un article par semaine. Kiltissime needs to get BIG!

Trêve de bavardages, passons aux choses sérieuses. Question numero uno:

Par rapport au référendum de 2014, ça n’a pas beaucoup bougé : les personnes en faveur de l’indépendance restent minoritaires. Cependant, le soutien à une Ecosse en dehors du Royaume-Uni reste solide. Souvenez-vous, lors du référendum d’auto-détermination en 2014, 45% des électeurs avaient voté pour et 55% contre. Aujourd’hui c’est peu ou prou la même chose, selon les derniers sondages.

Oui, Sean Connery est pour l’indépendance de l’Ecosse ! Comme l’immense majorité des personnalités écossaises dans le monde des arts et du spectacle. On en parlait par ici. L’ex James Bond était très déçu du résultat du référendum en 2014, mais pour lui, l’indépendance de l’Ecosse n’est qu’une question de temps.

Question numéro deux :

Oulalala, vaste débat que je ne vais pas reproduire ici, cela prendrait des semaines.

Bon, pour résumer : les unionistes (ceux qui sont pour le maintien du Royaume-Uni tel qu’on le connait aujourd’hui) disent qu’il ne faut pas fracturer le Royaume-Uni au nom des siècles d’histoire que partage l’Ecosse avec le reste du pays, parce qu’il faut partager les ressources et faire front commun dans un monde de plus en plus instable. Les plus désagréables estiment qu’une Ecosse indépendante ne s’en sortira jamais de jamais, parce que c’est un pays de rien du tout.

Les indépendantistes disent, au contraire, que l’Ecosse a tout pour devenir une petite nation nordique prospère comme la Norvège, grâce notamment au pétrole en mer du Nord. L’argument a un peu pris l’eau depuis que les cours du pétrole ont sérieusement dévissé. Ils estiment aussi et surtout que l’Ecosse devrait maintenant assumer ses propres choix et être dirigée par les Ecossais, au lieu de subir des décisions auxquelles ils ne souscrivent pas prises depuis Londres.

Question numéro 3 :

Un danger ? Cela dépend de quel côté de l’argument on se place (voire paragraphe ci-dessus). Mais effectivement, c’est un argument qui a souvent été sorti par la campagne unioniste, Better Together. A tel point qu’elle a été surnommée « Project Fear », le but étant d’effrayer les électeurs qui seraient séduits par l’aventure de l’indépendance.

Question numéro 4 :

Alors pour le coup, l’énergie, ce n’est pas vraiment le problème de l’Ecosse : j’en avais fait tout un article sur Slate et un additif ici ! Le potentiel pour le renouvelable, en particulier l’éolien, est phénoménal. Mattez ce vent.

Gros vent ce matin sur #ArthursSeat #Edinburgh

A post shared by Assa Samaké (@terfele) on

Question numéro 4 :

Selon les derniers chiffres, l’économie écossaise, comme la plupart des économies occidentales, est une économie de services. Le secteur des services représente les 3/4 du PIB écossais. Viennent ensuite l’industrie manufacturière, la construction, et l’agriculture, la pêche et les forêts. Bref, sans le whisky, les shortbreads, le saumon, les textiles, mais aussi les banques, les assurances, l’informatique, point d’économie écossaise.

Les derniers chiffres de l’économie écossaise

And the last one :

Très existentielle, cette question. Encore une fois, cela dépend de l’état d’esprit dans lequel on est. Evidemment, aucune des nations du royaume ne va devenir un pays sous-développé si un jour l’Ecosse devient indépendante. Mon opinion est qu’en termes de richesses, cela ne va pas changer grand chose, en fait. Je considère que ce n’est même pas vraiment la question. La question est de savoir si l’Ecosse se sent à sa place dans le Royaume-Uni et si elle veut le soutenir dans la direction qu’il prend. Si oui, alors tout va bien, statu quo. Si non, alors il faut se mettre au boulot pour imaginer comment l’indépendance peut passer de rêve à réalité.

Publicités
Publié dans Ecosse

Kiltissime vous répond : la météo en Ecosse (2)

C’est le sujet qui fâche : on dit qu’en Ecosse, le temps est catastrophique. Il pleut tout le temps, le vent souffle fort, et il fait très froid. A en croire tous les poncifs, l’Ecosse jouit du même climat que beyond the wall.

Tout cela n’est pas faux… mais on va nuancer un peu.

Les Meadows, à Edimbourg, en décembre 2010

Première question :

C’est une excellente question, cher lecteur, et tu as trouvé une personne toute indiquée pour avoir la réponse parfaite. Car vois-tu, j’aime bien être bien au chaud et je ne supporte pas les moindres courants d’air. Disclaimer : ma priorité étant de maintenir ma température à 37 degrés celsius, je me contrefiche du style.

Pour survivre au froid en Ecosse donc, j’ai un plan d’attaque qui concerne trois éléments :

1- Les fringues

2- L’alimentation

3- Le moral

Tout d’abord, les vêtements. Il faut bannir directement les ballerines et les petites chaussures mignonnes. A vous les chaussures qui montent un peu et qui sont une pointure plus grandes pour pouvoir mettre une bonne grosse paire de chaussettes fluffy. Comme je porte beaucoup de robes, j’ai adapté l’épaisseur de mes collants en conséquence : oui, vive les collants méga épais et fourrés à l’intérieur. Et les pulls à capuche aussi. Bref, pas de secret pour moi : il faut enfiler un max de couches pour ne pas tomber malade, un peu comme un enfant en maternelle.

Miranda: « Do you like it? Yes. Do you care that others may not like it? No. Brilliant, then wear that then, bye. »

Ensuite l’alimentation. Ce que je mange ne varie pas tant que cela (je ne sais pas vous, mais moi je mange de la soupe de tout temps), mais ce que je bois, si. Le froid est une bonne excuse pour boire beaucoup plus de thé et de tisane (quitte à y rajouter une goutte de whisky pour pimper votre breuvage). Cela m’emmène directement au troisième axe, le moral. C’est important de rester de bonne humeur, même quand les journées sont courtes et grises. Le froid est surtout une bonne excuse pour le faire à l’intérieur et en bonne compagnie. Pas besoin de sortir s’entasser dans un bar ou une boîte de nuit pour passer une bonne soirée : on peut le faire à la cool chez soi avec quelques amis, ou dans un pub au calme en petit comité, et ce sera une soirée complètement valide. S’il y a une raison pour laquelle je suis faite pour vivre dans les pays du nord, c’est bien celle-là.

Deuxième question :

Faux ! Et je peux le prouver.

Ca, c’était les Crags à Edimbourg, cet été. Pendant mes deux semaines au Fringe, je n’ai eu que quelques gouttes de pluie. Le reste du temps, on s’en est très bien sortis avec une petit gilet et un foulard autour du cou. Donc non, pas de chaleur étouffante en Ecosse, mais ce n’est pas Winterfell non plus.

Dernière question :

Je ne pourrai pas répondre car je n’ai passé qu’un hiver à Edimbourg, et la dernière fois que j’y ai été en hiver, c’était en janvier dernier. L’hiver 2010 avait été particulièrement froid et il avait neigé fort sur l’Ecosse, comme en témoigne cette photo de la cathédrale Saint Giles en décembre 2010. Malgré tout, on avait eu la bonne idée, avec des copains espagnols encore moins habitués à la neige que moi, de faire une visite à pied de la ville. Comme quoi, il a beau faire froid, cela n’empêche pas de profiter de l’extérieur. Et si vous laissez le mauvais temps vous empêcher de vaquer à vos occupations, alors autant dire que vous ne ferez pas grand chose…

La prochaine fois, Kiltissime répondra à vos questions sur l’indépendance de l’Ecosse : vous semblez être très intrigués par cette question. Et puis l’indépendance est un sujet très en vogue cet automne à ce qui paraît (coucou le Kurdistan irakien et la Catalogne). En attendant, n’hésitez pas à parcourir mes nombreux articles sur le sujet sur le blog !

Publié dans Ecosse

Kiltissime vous répond : l’Ecosse et ses accents (1)

L’autre jour, j’ai eu la curiosité d’aller voir pour la première fois ce que les gens cherchaient sur les moteurs de recherche pour tomber sur Kiltissime. Chers lecteurs, vous vous posez énormément de questions sur l’Ecosse. Pour être sûre et certaine que vous trouverez bien les réponses que vous cherchez, je vais faire une série d’articles sur les questions les plus fréquentes, avec des liens vers les articles qui en parlent, bande de flemmards.

Aujourd’hui, on se penche sur les accents de l’Ecosse. Si j’en crois les stats du blog, ça vous taraude.

J’ai bien dit LES accents : il y en a plein, et ils sont très différents. Que vous alliez à Glasgow, à Aberdeen ou à Edimbourg, ce sera une différente musique qui arrivera à vos oreilles quand les gens vous parleront. Un paradis pour les linguistes ! J’en ai déjà parlé dans cet article il y a quelques années.

Toi, l’étudiant de LLCE qui doit préparer ton TP de phonologie : tu es démasqué. Mais je vais t’aider.

Première particularité: on entend beaucoup plus les [r] que dans l’anglais « received pronunciation » (l’anglais classique, si vous voulez). Parfois ils sont carrément roulés, mais apparemment ça tend à disparaître. Ça peut aider pour la prononciation. Aussi, les diphtongues (les voyelles qui font deux sons) se transforment souvent en voyelle simple : le mot home se prononcera hoooooome avec un o bien formé. Il y a des tas de petites différences phonétiques mais aussi lexicales. Vous apprendrez par exemple qu’en Ecosse « wee » ne veut pas simplement dire faire pipi, mais aussi petit. En bref, l’accent écossais est influencé par le gaélique écossais (surtout dans les Highlands) et par le scots, la langue dans laquelle sont écrits les livres d’Irvine Welsh (Trainspotting par exemple).

Alors ça les amis, c’est à l’habitude : il faut juste souvent l’écouter. Si vous voulez vous entraîner, avec les sous-titres en anglais, vous ne vous lasserez jamais de ce sketch de la série comique Burnistoun. Tous les épisodes sont sur Youtube, donc vraiment, allez voir. En humour écossais, vous aimerez aussi Still Game (aussi sur Youtube).

Bon, si vous voulez mon avis, je suis assez mal à l’aise avec le fait d’imiter l’accent des gens. Vous voulez avoir l’accent écossais ? Alors séjour en immersion totale !

Euh… Chaud au cœur ? Des caresses dans les oreilles ? Cher lecteur, tu poses des questions tordues.

C’est tout pour aujourd’hui ! La prochaine fois, on parlera météo. Teaser :

Publié dans Ecosse, Royaume-Uni

Il y a 20 ans, la dévolution changeait le visage du Royaume-Uni

Il y a 20 ans, les Ecossais se rendaient aux urnes et disaient oui à la création de leur propre parlement décentralisé. Ce référendum, dans lequel presque 75% des électeurs ont répondu « oui, je pense qu’il devrait y avoir un Parlement écossais », semble avoir eu lieu il y a des siècles, tant le Royaume-Uni a changé depuis.

La création d’un Parlement régional, ayant le pouvoir de légiférer pour le système éducatif, de santé, judiciaire, l’agriculture et l’environnement entre autres, était une grande promesse de Tony Blair, élu triomphalement quatre mois plus tôt. « On peut faire les choses autrement et de manière plus moderne. Il y a une troisième voie, et cette voie, c’est la dévolution », déclarait-il à l’époque. Dans une interview à la BBC, l’ancien Premier ministre travailliste déclare aujourd’hui que la dévolution a contribué à sauvegarder le Royaume-Uni. Beaucoup ont vu dans ce projet un complot unioniste pour tuer l’indépendantisme écossais dans l’œuf. Après tout, pourquoi vouloir faire sécession quand on a un Parlement local puissant qui gère les affaires de tous les jours ?

Eh bien justement, parce qu’il ne gère que les affaires de tous les jours. C’est toujours le Parlement britannique à Londres qui tient les cordons de la bourse, et qui décide de la politique étrangère, de l’immigration, de la défense, de la protection sociale, même si des députés écossais siègent à Westminster. C’est pour cela que plus que jamais, Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise, est vent debout contre Londres et le gouvernement conservateur de Theresa May, qui s’est engagé dans des négociations pour le moins difficiles pour le Brexit. D’ailleurs, ironie du sort : en ce jour d’anniversaire de la dévolution, les députés à Westminster doivent voter pour ou contre un projet de loi qui abroge le European Communites Act et qui transpose le droit européen en droit britannique, une étape majeure pour mettre en oeuvre le Brexit. Problème : cela donne le droit au gouvernement de modifier à sa guise ces lois européennes, dont certaines concernent des domaines dévolus à Edimbourg, sans même consulter le Parlement. Pour les nationalistes écossais, c’est inacceptable. Le Labour tient le même discours : le Premier ministre gallois Carwyn Jones, le ministre fantôme du Brexit Keir Starmer et la ministre fantôme pour l’Ecosse Lesley Laird ont publié une tribune dans ce sens.

A cette heure, on ne peut pas dire que l’indépendantisme a le vent en poupe. Par contre le SNP, même s’il a reculé aux dernières élections législatives en juin 2017, reste la première force politique en Ecosse. Et ça, c’est fou, quand on sait à quel point il était marginal à la fin des années 1990. L’Ecosse était acquise au Labour, et le système de vote pour les législatives écossaises, le single transferable vote, était fait pour qu’aucun parti ne puisse obtenir une majorité absolue à Holyrood. Et pourtant, en 2007, le SNP prenait les rênes du pouvoir en Ecosse, puis en 2011, il a réussi l’inimaginable : obtenir une majorité absolue. Il est toujours au pouvoir à Édimbourg aujourd’hui, et c’est ce parti qui envoie toujours le plus de députés pour représenter l’Ecosse à Westminster (presque trois fois plus que le second parti, les conservateurs).

Si la dévolution n’a pas précipité l’indépendance de l’Écosse, est-ce qu’elle a pour autant annulé à jamais tous les questionnements quant au fonctionnement constitutionnel du Royaume-Uni ? Absolument pas. Voir le SNP être crédible au pouvoir, bien que le bilan soit très mitigé (on en parlera un peu plus bas), et le débat pour le référendum d’auto-détermination en 2014, ont rendu cette perspective pas si farfelue auprès de la majorité des gens. La question, il me semble, n’est plus de savoir si l’Ecosse sera indépendante, mais quand elle le sera. Pour les unionistes par contre, la question est de savoir si le Royaume-Uni dans la forme actuelle est viable. L’ancien Premier ministre écossais travailliste Henry McLeish, au pouvoir en 2000 et 2001, a un point de vue très original sur la question. L’année dernière, il a appelé à un nouveau référendum sur le futur de l’Écosse : pas sur l’indépendance mais sur un système fédéral, où le Parlement écossais aurait des pouvoirs étendus. Pour lui, c’est la seule manière de ne pas voir imploser le Royaume-Uni, et de ne pas assister à la disparition du Labour de l’échiquier politique écossais. Alors que les questions constitutionnelles sont majeures dans le débat en Ecosse, il accuse son parti de faire l’autruche et de ne proposer aucune alternative. L’idée de réfléchir sérieusement à une nouvelle organisation fait son chemin dans le parti : Alex Rowley, le leader par intérim du Scottish Labour après la démission surprise de Kezia Dugdale début septembre, estime que le Labour doit aller plus loin dans la défense du « home rule ».

La Reine et la Présidente de l’assemblée à la session d’ouverture du Parlement écossais

Cependant, cette ligne est encore très minoritaire chez les unionistes, travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates confondus. Des nouveaux pouvoirs pour quoi faire ? Mieux vaut utiliser au maximum ceux que l’Écosse possède déjà. Pour les partis unionistes, le SNP, obnubilé par la question de l’indépendance, a délaissé le travail quotidien, ce qui explique un bilan contrasté en matière de santé et d’éducation. On est mieux pris en charge par la NHS en Ecosse qu’en Angleterre, mais les standards ont chuté. Les élèves écossais ont, de l’aveu même du gouvernement nationaliste à Édimbourg, encore trop de mal avec la lecture et les mathématiques.

À quoi bon plus de pouvoirs, alors, si les résultats sont déjà si peu probants ? Plusieurs réponses ont été apportées à cette question. Premièrement, c’est justement parce que le Parlement écossais a trop peu de pouvoir qu’il n’a pas les marges nécessaires pour faire des réformes ambitieuses. Dans un second temps, c’est parce qu’il est trop petit qu’il n’a pas le temps de faire autre chose que de limiter la casse provoquée par les politiques d’austérité made in London. C’est l’argument du SNP, et vous voyez bien venir la conclusion : c’est pour cela que l’Ecosse doit être indépendante.

20 ans après la dévolution, le débat sur la manière dont doivent s’articuler les relations entre Londres et Édimbourg est toujours bien vivant… Peut-être malgré les Écossais, qui expriment une certaine lassitude, après trois années de feuilleton politique avec deux référendums, deux élections générales et une élection à Holyrood, envers ces questions.

Publié dans Ecosse

#EdFringe 2017 : une année sud-africaine

Tant de spectacles à voir, et un Fringe si court ! Après 10 jours de folie festivalière à Edimbourg (j’en ai parlé rapidement sur place ici), je suis de retour à Paris, avec des souvenirs plein la tête. Contrairement à mes précédents Fringe, je n’ai rien vu qui m’a foncièrement déplu. Quelques productions, bien qu’elles ont été un bon divertissement, n’ont pas provoqué chez moi un grand enthousiasme. Mais l’immense majorité des shows que j’ai sélectionnés étaient de très bonne qualité. Il y en a quelques-uns qui ont largement dépassé le niveau des autres, et il se trouve que cette année, ils viennent tous du même théâtre: Baxter Theatre de la ville du Cap en Afrique du Sud. En 2014 déjà, les productions sud-africaines étaient remarquables : Race de David Mamet nous avait fait débattre pendant des heures.

Assembly Hall, où on peut voir The Fall

Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de voir les six pièces proposées par Baxter Theatre cette année, mais j’en ai vu deux tout bonnement remarquables : Mies Julie et The Fall.

Mies Julie est une véritable gifle dans la figure. Ce n’est pas la première fois que cette pièce d’1h30 est présentée à Edimbourg. En 2012 déjà, elle avait fait carton plein et les critiques ne tarissaient pas d’éloges.

De quoi ça parle ? Tout se passe en une soirée et une matinée. Dans l’Afrique du Sud post-apartheid, Julie, fille de fermier afrikaans, en veut au corps de John, le domestique xhosa. Après une nuit de passion, le lendemain matin, il faut se rendre à l’évidence : ça va très mal se terminer pour eux. C’est une pièce qui montre la brutalité du racisme et les plaies encore béantes de l’Afrique du Sud, le tout dans une atmosphère moite, poussiéreuse et mystérieuse. C’est une nouvelle réadaptation d’une pièce d’August Strindberg de la fin du XIXe siècle. Un tour de force.

Avec The Fall, on revient dans la ville, avec des gens à peu près de mon âge, à l’université du Cap. C’est une pièce écrite après que la statue du ségrégationniste Cecil John Rhodes a été enlevée du campus, suite à la mobilisation des étudiants noirs de l’université. Mais la pièce ne s’arrête pas là : ça parle de genre, de classe, de sexualités, de colonialisme. Un chef d’oeuvre qui résonne tellement avec tout un tas de choses qui me turlupinent, et j’en suis sûre, vous turlupinent aussi !

Les acteurs de The Fall

La particularité de Baxter Theatre est qu’il n’est pas financé par des fonds gouvernementaux: la plupart des ses ressources sont propres, le reste vient de l’Université du Cap. A sa création il y a tout juste 40 ans, le théâtre devait être intégré à l’université. C’était la seule manière de le protéger contre les lois de l’époque de l’apartheid, qui permettaient de censurer des productions artistiques partout dans le pays. C’était moins évident de faire arrêter une production au sein d’une université. C’est la raison pour laquelle Baxter Theatre a une tradition d’innovation, et portent des problématiques sociales majeures en Afrique du Sud. Fun fact : le premier baiser d’un couple mixte sur une scène de théâtre sud-africaine était dans Mies Julie, en 1985, cinq ans avant la fin de l’apartheid donc. Quand la pièce a été donnée à Johannesburg, l’actrice qui joue Julie a reçu des menaces de mort.

Longue vie à Baxter Theatre! Pour ceux qui sont à Edimbourg jusqu’à la fin du Fringe, dépêchez-vous d’aller voir leur travail. C’est excitant, perturbant et émouvant. Vous n’avez plus que trois jours !

Publié dans Non classé

C’est le Fringe!

Pas beaucoup de présence sur le blog et sur les réseaux sociaux ces derniers temps parce que… c’est le Fringe! Et en mauvaise millenial, je préfère enchaîner les spectacles et en parler avec une bonne tasse de thé avec les copains plutôt que de poster des reviews à tour de bras sur le web. Mais comme je vous aime quand même, je passe vite fait par ici pour jeter quelques impressions.

Je suis arrivée à Edimbourg le jour du lancement officiel du festival, le 4 août, après quelques jours dans l’ouest de l’Ecosse à crapahuter au bord de lochs sous de monstrueuses averses. Le parfait été écossais ! Après un début de séjour au calme, j’ai plongé directement dans la folie du Fringe. J’essaie de me tenir à mon programme – d’ailleurs nos amis de French Kilt en parlent #gloire – mais j’ai pu laisser de la place à quelques surprises.

Je pense notamment à Ari Eljarn (pardon pour l’accent) et son spectacle Pardon My Icelandic. Un free show hilarant, où j’ai beaucoup appris sur son pays, l’Islande, mais aussi le Danemark et les îles Féroé. Special point pour son imitation parfaite des sèches-mains.

En plus sérieux, gros coup de coeur pour Half Breed de Natasha Marshall et la compagnie de théâtre Talawa. Tellement de résonances avec mon expérience de minorité dans une petite ville. A voir, que vous soyez directement concerné ou pas.

J’ai encore énormément de shows à voir – en moyenne quatre par jours ! Et toujours de la place pour les suggestions. Si vous avez des suggestions, des coups de coeur, des coups de gueule, partagez ! #DefyTheNorm

Jetez un coup d’œil au Tweet de @Terfele : https://twitter.com/Terfele/status/894638555888222212?s=09

Publié dans Ecosse

Ma sélection pour #EdFringe 2017

Chose promise, chose due : voici un extrait de ma récolte, savamment triée, des spectacles que j’ai la ferme intention de voir cette année . Il y avait le choix cette année entre 3696 shows ! Intimidant, mais il suffit de connaître ses goûts et de se laisser porter.

Mon Fringe sera très marqué par les questions d’identité (couleur, religion, genre – le genre de choses qui me travaillent beaucoup), la politique et la culture écossaise. Il y aura surtout du stand-up : j’ai beau avoir un bac+5, le théâtre ultra-conceptuel, c’est pas plus mon délire que ça. Cette année que je vais quand même m’essayer au cabaret, il y en a quelques uns qui ont l’air d’être de vrais exutoires.

Sans plus attendre :

LE PROGRAMME !

 share years planning rw GIF

 

Catégorie Meuf Badass : Desiree Burch – Unf*ckable

Je me retrouve tellement dans tout ce qu’est cette femme. Donc je vais la voir.

Bilal Zafar
Bilal Zafar (Twitter)

Catégorie Mec Qui Parle De Tout Ce Qui M’intéresse : Bilal Zafar – Biscuit

Bilal Zafar est dans mon top 3 des comédiens les plus drôles du Fringe 2016. Dans son spectacle précédent, Cake, il parle de la terrifiante idiotie du Twitter réactionnaire qui a inventé puis relayé la rumeur selon laquelle il avait ouvert une pâtisserie interdite aux non-musulmans. A mourir de rire !

Catégorie Forcé Il Fallait En Parler : Gareth Morinan – Brexitocracy

En 2016, beaucoup de spectacles du Fringe parlaient du Brexit. Avec l’interminable feuilleton que représente la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, les comédiens n’allaient pas se priver d’en reparler ! Le potentiel comique est infini. J’ai hâte de voir Gareth Morinan m’expliquer tout ça avec des PowerPoints.

Catégorie Enfin Des Mecs Qui Pensent A Leur Condition : Joe Sellman-Leava – Monster

Une des plus belles découvertes du Fringe 2016. L’année dernière, sa pièce Labels m’a fait réfléchir comme jamais sur le pouvoir des étiquettes qu’on se colle tous les uns sur les autres (hétéro – gay – blanc – noir – natif – étranger), et sur ce que c’est de construire son identité quand elle est complexe (story of my life). Cette année, Joe Sellman-Leave revient avec une pièce qui parle de masculinité.

Catégorie Son Point De Vue Va Être Intéressant : Pierre Novellie

Alors Pierre Novellie, c’est ce mec, blanc, Sud-Africain, qui explique l’ironie du racisme : les gens le regardent de travers en pensant qu’il est raciste, donc qu’il juge les gens sur la couleur de leur peau, car… il est blanc en Afrique du Sud. Hâte de voir son spectacle, il promet d’être très décalé. Au moins autant que celui de son compatriote Loyiso Gola (vu et approuvé) !

Catégorie J’Aime Ce Concept Bien Barré : Hot Brown Honey

Un cabaret féministe avec des Australiennes d’origines diverses qui décident de s’assumer. Que veut le peuple ?

Catégorie Immense Comédienne Que J’Adule : Shappi Khorsandi – Mistress and Misfit 

Je l’ai loupée l’année dernière parce que son spectacle était sold out et j’ai pleurniché pendant deux semaines. Cette fois-ci je plante tout le monde et je vais la voir ! Elle parle de ses origines iraniennes, de la famille ultra-traditionnelle, des défauts de sa classe sociale élevée, et de la vie tout simplement. Je l’aime d’amour.

Catégorie Comédienne Ecossaise Qui Représente Totalement Les Ecossaises : Fern Brady – Suffer, Fools!

Son franc-parler sur tout me fait pleurer de rire. Mais des vraies larmes hein. Et pourtant Dieu sait que je n’ai pas le sens de l’humour.

Bon, j’en ai plein d’autres dans ma sacoche : j’ai prévu d’aller voir une quarantaine de spectacles en dix jours. Même pas peur. Mais apparemment, je pourrais en voir plus…

//platform.twitter.com/widgets.js

Mais ce ne serait pas raisonnable. Non ?